Etonnante Ardèche !

CHRONIQUE 1 - Mais comment, diable, a-t-on enfanté d'un département comme l'Ardèche ? C'est la question que je me suis posée le 7 février dernier, alors que je bravais la neige pour descendre en Lozère sur les traces du loup, du moins de ceux qui l'ont vu et rencontré (voir notre dossier "Loup" dans Massif central N°106).

 À moult reprises, j’ai manqué de faire demi-tour mais, à mesure que j’avançais, je rageais d’avoir passé trois heures dans la voiture… pour rien. À mes côtés, Vincent, notre photographe, me rassurait. "T’inquiète, faut arriver jusqu’au col de Mayres. Après, ça ira." Lui qui a grandi non loin de Costaros et du lac du Bouchet connaît sa Haute-Loire. Sur le bout des nuages. Difficilement, nous nous sommes hissés en haut de ce col (1200 mètres environ) pour plonger sur le bas vivarais et rejoindre Aubenas.

En février 1790, quand l’Assemblée constituante a déterminé le nombre et les limites des départements, sans doute ont-ils dessiné les 82 premiers. Pour laisser, au beau milieu, un territoire biscornu et sans grande unité, à la fois auvergnat et languedocien, un peu rhôdanien et presque drômois. Et ont décidé de l’appeler Ardèche ! Je suis parti à 7 heures du matin sous une tempête de neige. La RN88 entre Saint-Etienne et Le Puy-en-Velay n’était qu’une immense piste de ski ; les flocons voltigeaient à la lumière des phares. Sur le bas côté, des camions, arrêtés. Des cars scolaires, immobilisés. Des Mercédès garées (maudite propulsion, devait se dire leur propriétaire). Pire encore fut la traversée du plateau entre Le Puy-en-Velay et Langogne : voies encombrées, circulation paralysée.

Et là, miracle ! Le ciel, soudain s’est éclairci pour virer au bleu. Plus un flocon. Plus un nuage non plus. La route était noire, sèche comme en plein été. Le fond de l’air était frais, certes, mais la température était remontée de plus de dix degrés. Le soleil donnait, aurait dit Voulzy. Doucement mais surement, nous avons retrouvé et interviewé Régis Hurel, qui élève des brebis à Malbosc, mais qui n’est pas défavorable à un retour du loup (lire notre interview), goûté ses succulents fromages, visité sa petite exploitation, mangé sur le pouce une bonne salade du jardin, le tout sous une météo resplendissante. On était simplement passé en moins d’un quart d’heure d’un versant à l’autre de la montagne Ardèche, de l’Auvergne au Midi de la France. Drôle de département.

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